De l’énergie venue du sous-sol
Les panneaux géothermiques d’Enerdrape transforment les sous-sols en sources d’énergie durables. Le concept de la start-up lausannoise utilise la géothermie pour chauffer ou refroidir les bâtiments situés au-dessus.
Le chauffage et la climatisation des bâtiments représentent plus de 50% de la consommation énergétique mondiale. La plupart de cette énergie provient encore de combustibles fossiles. Le levier pour réduire les émissions de CO2 est considérable. Pourtant, c’est en ville, où les besoins sont les plus importants, qu’il est le plus difficile de mettre en place des systèmes d’énergies renouvelables. En effet, les forages géothermiques sont souvent compliqués en milieu urbain.
La solution d’Enerdrape est bien plus simple. «Grâce à nos panneaux géothermiques, il est possible d’exploiter durablement le potentiel énergétique jusqu’ici inexploité des sous-sols, comme les parkings souterrains», explique Margaux Peltier, CEO et cofondatrice de la start-up lausannoise. Avantage du produit, qui capte l’énergie du sol: il s’installe sans grands travaux de construction, il est modulaire et s’intègre dans les systèmes de chauffage et de refroidissement existants.
Seuls des murs en contact direct avec la terre sont nécessaires. Grâce à la stabilité thermique du sous-sol, le fluide caloporteur circulant dans les panneaux gagne trois à six degrés, cela suffit pour faire fonctionner une pompe à chaleur. Contrairement à une pompe à chaleur air-eau classique, la différence de température est stable toute l’année. «On obtient un facteur 6», explique la directrice. En bref, 1 kWh d’électricité permet de produire 6 kWh de chaleur. Et chaque panneau de 1 m2 chauffe une surface de 10 m2.
Ce concept unique au monde a été développé à l’École polytechnique fédérale de Lausanne (EPFL). Dans le cadre de son master en génie civil, Margaux Peltier a participé à la recherche sur ce projet et s’est ensuite lancée dans l’entrepreneuriat au lieu de passer son doctorat. Cette jeune femme de 31 ans a grandi à Monaco et s’intéressait déjà à la durabilité lorsqu’elle était adolescente. «C’était ma façon de me rebeller», dit-elle en riant. En effet, ses parents travaillaient dans une entreprise de plateformes pétrolières.

Nous voulons
qu’Enerdrape
devienne un réflexe
pour la rénovation
et la construction.Margaux Peltier
Depuis la création en 2021, lorsqu’elle a fondé l’entreprise avec deux autres associés en tant que spin-off de l’EPFL, les choses ont évolué rapidement: la production en série des panneaux a débuté dans une usine italienne dès 2023. «Il était important pour nous que la production reste en Europe». L’année dernière, près de 5000 pièces ont déjà été produites. Il s’agit maintenant d’augmenter le volume avec pour objectif d’atteindre la rentabilité d’ici 2030, comme le souligne Margaux Peltier. Elle dirige actuellement une équipe de six personnes, mais ce domaine connaît lui aussi une forte croissance: dans le courant de l’année, les effectifs devraient plus que doubler.
Parmi ses premiers projets, Enerdrape a équipé de 200 panneaux géothermiques le parking souterrain du Coop Center de Renens, à l’ouest de Lausanne, où se trouve le siège de la start-up. D’autres sites ont suivi, comme le parking de l’administration communale de Lancy (GE). Entre-temps, l’entreprise s’est également établie à l’international: depuis l’an dernier, les panneaux alimentent en énergie renouvelable un complexe résidentiel du 11e arrondissement de Paris.
«Nous voulons qu’Enerdrape devienne un réflexe pour la rénovation et la construction», précise la fondatrice de l’entreprise. En effet, son produit n’est pas seulement durable, il est aussi économique par rapport aux coûts d’investissement d’autres solutions renouvelables, avec une durée de vie que Margaux Peltier estime à 50 ans. Elle conclut: «Tous ces murs en sous-sol qui existent sans être utilisés aujourd’hui, ils se prêtent parfaitement au chauffage. Il nous faut exploiter ce potentiel d’énergie locale et neutre en CO2.»
Texte Reto Neyerlin
Photos Enerdrape
Prix du développement durable d’AMAG
Enerdrape a remporté le premier AMAG Sustainability Challenge. La start-up lausannoise a reçu une contribution financière de l’AMAG Climate Fund ainsi qu’une ID.3 aux couleurs de la marque.
La voiture électrique est surtout utilisée pour les visites de clients et de chantiers, épargnant ainsi au personnel certaines remarques. «Avant, on se déplaçait généralement en train. Comme on intervenait surtout dans des parkings souterrains, cela provoquait souvent de l’amusement», explique Margaux Peltier.
Depuis, Enerdrape a développé des panneaux sur lesquels des stations de recharge peuvent être installées.
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